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Réponse à Gabriel Attal : Bienvenue au club de l’anti-décroissance

Breaking news : Gabriel Attal, le nouveau Premier ministre du gouvernement d’Emmanuel Macron, est contre la décroissance. « Jamais je ne l’accepterai », a-t-il déclaré pendant son discours de politique générale à l’Assemblée nationale le 30 janvier 2024. Même chose le lendemain au Sénat où il a affirmé vouloir faire transition « sans brutalité, sans invectives, sans décroissance ». Cette rhétorique anti-décroissance ne devrait surprendre personne car c’est un rite de passage réglé comme du papier à musique. De la même manière que l’on brise une bouteille de champagne contre la coque d’un navire avant son lancement, à chaque nouvelle investiture il est de bonne coutume de fustiger ceux qui osent critiquer la croissance. 

En 2014, Emmanuel Valls ne voulait pas « casser la croissance » se différenciant, comme il l’affirmera plus tard, de cette « partie de la gauche [qui] se fourvoie dans la décroissance ». En 2016, Bernard Cazeneuve s’engageait à placer la France à « l’avant-garde de la croissance verte », ce qui, il précisera quelques années après, « ne se fera pas en organisant la décroissance ». En 2017, Édouard Philippe appelait à construire « la croissance économique de demain » et en 2019, il clarifiait ne pas être « un défenseur de la décroissance ». En 2020, Jean Castex nous invitait à croire à « la croissance écologique, pas à la décroissance verte », et en 2022, c’était Elisabeth Borne qui déclarait qu’elle ne « croyait pas un instant que cette révolution climatique passe pas la décroissance ». 

Disons-le d’emblée, c’est un tabassage à l’aveugle. En les lisant, il est évident que ces ministres ne maîtrisent pas le sujet (points bonus pour Jean Castex qui, en parlant de « décroissance verte », invente un terme qui n’existe même pas). Même Bruno Le Maire, qui en tant que ministre de l’économie devrait être le plus compétent en la matière, a toujours été à côté de la plaque (voir mes précédentes réponses en 2023 et 2022). Après dix ans de persécution conceptuelle, force est de constater que le niveau du débat au sein du gouvernement sur le sujet de la décroissance est resté au niveau zéro.[i]

Délit d’obsession de croissance 

L’originalité du terme « décroissance » lorsqu’il émerge en 2002, c’est de pointer du doigt la relation malsaine que nous entretenons avec la croissance économique. La décroissance est « un mot de dissensus », explique Vincent Cheynet, l’un des créateurs du terme. Le politologue Paul Ariès le qualifie de « mot-obus » pour « anéantir l’idéologie de la croissance », et l’économiste Serge Latouche parle lui de « décolonisation de l’imaginaire de la croissance ». La décroissance est avant tout une objection de croissance, c’est-à-dire une critique de cette fascination étrange que certaines sociétés ont pour l’accroissement économique. À en lire les déclarations de politique générale des Premiers ministres de la dernière décennie[ii], la mise en garde des décroissants est toujours aussi pertinente aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a vingt ans. 

Face à une croissance économique « plus faible que prévue » et de « perspectives de croissance [qui] se dégradent », Elisabeth Borne veut « bâtir les conditions d’une croissance forte ». Bernard Cazeneuve veut « soutenir la croissance », investir « pour la croissance », et « agir au service de la croissance ». Édouard Philippe encourage « la croissance des entreprises » et demande aux universités de construire « la croissance économique de demain ». Manuel Valls fera tout pour ne pas « casser la croissance » et « remettre l’Union Européenne sur le chemin de la croissance ». Jean Castex cherche « les gisements de croissance futurs » pour « recréer les conditions d’une croissance économique plus robuste, plus innovante, écologique et plus solidaire ». Gabriel Attal lui aussi a soif de croissance : il a pour intention de « libérer la croissance » pour avoir « plus de croissance ». Ça ferait un jeu d’alcoolredoutable : dès qu’un Ministre dit « croissance », tu bois.

Le plus surprenant, c’est qu’on parle de croissance sans jamais vraiment définir de quoi, pour qui, et pourquoi. Nous avons à faire à ce que la sociologue Dominique Méda appelle la « mystique de la croissance », une dévotion totale à une entité abstraite et mystérieuse. On a la version jedi d’Édouard Philippe qui « croit [en la] force de la croissance », la réflexologie superstitieuse de Manuel Valls qui cherche à la « stimuler »[iii] et ses tautologies (« sans croissance pas de confiance, et sans confiance, pas de croissance »), et l’incantation de Gabriel Attal : « produire, produire, produire, produire » qui n’est pas sans rappeler le « growth growth growth » de Liz Truss, l’ancienne Première ministre du Royaume-Uni. Le journaliste Stéphane Foucart dirait que c’est l’économie qui devient religion ; une « idolâtrie de la croissance » selon Rowan Williams, ancien archevêque de Canterbury. 

Mais la croissance est une divinité absurde. Tout d’abord parce qu’elle se mesure en points de Produit Intérieur Brut (PIB), un indicateur « grossier et trompeur », selon Dominique Méda, spécialiste de la comptabilité nationale. L’économiste Éloi Laurentrésume bien la situation : « la croissance comptabilise fidèlement une part de plus en plus insignifiante des activités humaines : les biens et les services mais pas leur répartition ; les transactions marchandes mais pas les liens sociaux ; les valeurs monétaires mais pas les volumes naturels ». Le PIB, nous dit l’économiste de l’OFCE, est « borgne quant au bien-être économique, aveugle au bien-être humain, sourd à la souffrance sociale et muet sur l’état de la planète » (Pour aller plus loin, Chapitre 1 : La vie secrète du PIB, dans Ralentir ou périr.) 

À quoi bon produire plus de tout, tout le temps, et toujours plus vite ? C’est ridicule. Cette « obsession pathologique du PIB » (l’expression vient d’un rapport récent de l’Organisation Mondiale de la Santé), nous transforme en Sisyphe, condamné à pousser notre PIB jusqu’à épuisement. Trêve de spiritualité économique : invoquer cet esprit de la croissance est une pratique archaïque qui aurait dû disparaître de nos priorités politiques pour être remplacé par des agendas plus sophistiqués comme ceux de la santé sociale, du bien-être, ou bien même du développement durable

L’argent vert 

L’écologie a le vent en poupe chez nos Premiers ministres. « Le climat est probablement le domaine où le besoin de régulation se fait le plus pressant », disait déjà Manuel Valls en 2014. En 2016, Bernard Cazeneuve annonçait que « la France s’est placée à l’avant-garde de la protection de la planète ». Edouard Philippe voulait « renouer avec l’esprit de conquête », « embrasser avec enthousiasme l’incroyable défi » de la transition écologique, et « faire de l’écologie une priorité de l’ensemble de nos politiques publiques ». Jean Castex appelait la France à « redevenir une grande nation industrielle avec et par l’écologie » en « [mettant] l’écologie au cœur de notre action et de nos territoires ». Elisabeth Borne s’engageait à « gagner la bataille du climat » et à« prendre en compte l’impact environnemental de toutes nos mesures ». Quant à Gabriel Attal, il veut « accélérer encore notre transition écologique ».

On pourrait se réjouir de ces déclarations retentissantes mais elles atteignent très vite leur limite. C’est une version économique de la loi de l’instrument : si le seul outil que vous avez est le PIB, vous tendez à voir tout problème comme une question de croissance. Pour Manuel Valls, « la croissance, c’est aussi l’économie verte », une transition énergétique qui constitue « une formidable opportunité économique ». Bernard Cazeneuve se veut « à l’avant-garde […] de la croissance verte ». Jean Castex « croit en la croissance écologique ». Elisabeth Borne veut une « croissance durable » et Gabriel Attal défend « une écologie de la croissance » qui permettrait de faire « rimer climat avec croissance ».

Je ne vais revenir ici ni sur les limites de la croissance verte comme stratégie de transition écologique,[iv] ni sur l’échec des politiques environnementales françaises[v]. J’aimerais plutôt noter à quel point il est étrange d’interpréter la crise environnementale avec le prisme d’un indicateur monétaire de comptabilité nationale. Ça serait l’équivalent d’essayer de faire un régime en mesurant la vitesse de circulation du sang dans le corps, ce qui n’aurait aucun intérêt. Un régime se calcule en calories et en kilogrammes, avec un objectif final de bonne santé. De la même manière, la transition écologique n’est pas une histoire d’euros mais plutôt d’énergie, de matériaux, et d’écosystèmes, avec un objectif final de soutenabilité et de bien-être.  

La croissance verte est un concept simplet sans fondations scientifiques solides ; une punchline passe-partout que l’on retrouve principalement dans les discours politiques aux côtés d’autres termes tout aussi superficiels.[vi] Les politiciens l’adorent mais les scientifiques eux n’y croient pas.[vii] À quoi ça sert d’avoir des Objectifs du Développement Durable si l’on ne se concentre que sur une seule cible : la croissance du PIB. De ce point de vue, la vision ministérielle de la soutenabilité socio-écologique est en régression. On est passé du développement durable dans les années 1980, un concept qualitatif avec une profondeur éthique, à l’économie verte au début des années 2000, une vision plus utilitariste et productiviste de la soutenabilité, et enfin à la croissance verte dans les années 2010, le summum du simplisme : verdir le PIB. Quel sera la prochaine étape de processus d’abêtissement conceptuel : l’argent vert ? 

La question du modèle social 

Gabriel Attal est catégorique : « la décroissance, c’est la fin de notre modèle social. C’est la pauvreté de masse. Jamais, je ne l’accepterai ». Même son de cloche chez Elisabeth Borne : « je ne crois pas un instant, que cette révolution climatique passe par la décroissance […] car sans activité, nous ne pourrions plus le financer [le modèle social] ».[viii] C’est aussi le cheval de bataille d’Emmanuel Macron qui ne manque pas une occasion de justifier pourquoi il est « à fond opposé » à la décroissance.[ix]

Là aussi, la logique du discours peine à convaincre.[x] Comme si la priorité du gouvernement était d’améliorer ce fameux « modèle social ». Rappelons ici que le rapport final du comité chargé d’évaluer les réformes de la fiscalité du capital d’Emmanuel Macron démontre que ses politiques n’ont eu pour résultat qu’une hausse significative des inégalités, tout ça sur fond d’augmentation de la pauvreté. Niveau social, on aura vu mieux. Au lieu de chercher aveuglement à faire croître le gâteau, on pourrait plutôt questionner sa répartition. Pour les retraites, les 30 % des ménages les plus privilégiés reçoivent presque la moitié du budget retraite national, alors que la moitié la plus pauvre se partage 35 % des pensions. On retrouve des situations similaires pour l’accès au logement, à l’éducationla santé, et au budget carbone. Produire et consommer moins ne risque pas de générer « une pauvreté de masse » car il y aujourd’hui en France largement assez de revenu national pour que tout le monde vive bien. La pauvreté qui subsiste n’est pas une question de production mais plutôt de distribution.[xi] Pour être socialement acceptable, la décroissance devra être proportionnelle, prenant en compte des responsabilités différenciées et des niveaux plus ou moins haut de capabilité. 

Au contraire, renforcer notre modèle social demanderait justement des actions allant à l’encontre des objectifs de croissance, comme la démarchandisation des Ehpad, des crèches, des médicaments, et des revues scientifiques, des activités aujourd’hui contrôlées par des entreprises à but lucratif qui excellent dans l’art de faire croitre les euros mais aux dépends de la qualité du service. Préfère-ton des activités vaches à lait qui ravissent les comptables nationaux ou bien la logique plus prudente de la sollicitude qui vient placer le bien-être avant les profits ? Diffusons également un malentendu coriace comme quoi les services publics seraient dépendants des activités privées. C’est très bien expliqué par Nicolas Carnot, directeur des études et synthèses économiques de l’Insee, et son collègue Étienne Debauche dans un article limpide que l’on peut lire en moins de dix minutes. Cessons donc de pointer du doigts la proportion des dépenses publiques dans le PIB pour justifier l’austérité, une erreur analytique déjà bien comprise par de nombreux économistes (voir, par exemple, Jean GadreyJean-Marie Harribey, et Francisco Vergara).[xii]

Il faut sortir de ce raisonnement parfaitement circulaire : « faire preuve d’une responsabilité budgétaire irréprochable » (= réduire les dépenses publiques) pour stimuler la croissance afin de « financer le modèle social » (= augmenter les dépenses publiques). Il est absurde de penser qu’il faudrait faire croître l’économie dans son ensemble avec toutes ces choses dont nous n’avons pas besoin, seulement pour récupérer quelques miettes à réinvestir dans ces choses que nous voulons. Faut-il vendre de plus en plus de SUVspour récolter quelques euros de TVA à investir dans le traitement des maladies respiratoires ? A-t-on besoin d’un secteur publicitaire en pleine expansion pour payer les salaires de nos agricultrices ? Qui, en dehors de Total, oserait affirmer qu’il faille augmenter les ventes d’énergie fossile pour financer les énergies renouvelables ? Cette stratégie de la croissance du problème qui finance sa solution est une pyramide de Ponzi.  

Si l’objectif est véritablement de rehausser le niveau de vie des français, essayer frénétiquement de « produire, produire, produire, produire » est une bien piètre stratégie. Penser que le PIB augmente le bien-être, c’est regarder le doigt qui montre la Lune. Pour construire une économie du bien-être, arrêtons d’aduler les revenus monétaires et concentrons-nous sur la qualité de vie. Pourquoi s’obstiner à stimuler/libérer/réarmer le PIB alors que l’on pourrait directement axer nos politiques publiques sur des budgets bien-être ? Ne serait-ce pas ça la défense véritable de notre modèle social ? 

***

Triste de constater que mêmes 50 ans après le rapport Meadows, les débats autour de la croissance sont encore jonchés de malentendus. Pourtant, dès 1972, quelqu’un comme Valéry Giscard d’Estaing, pourtant opposé à ce qu’on appelait à l’époque « l’anti-croissance » pouvait résumer précisément de quoi il s’agissait. Aujourd’hui, cette opposition critique a été remplacé par un balayement de la main dogmatique, sans connaissance aucune de cette chose qu’il faudrait supposément détester. 

Mon objectif ici n’est pas d’éduquer nos Premiers ministres. La récurrence de ces malentendus est la preuve parfaite que nous avons à faire ici à un angle mort idéologique. Ils ne savent pas ce qu’est la décroissance parce qu’ils ne veulent pas savoir. Et c’est cette politique de l’ignorance qui devrait nous inquiéter. Tourner le dos à la décroissance et les précieux travaux scientifiques qui en découlent en pleine crise écologique est aussi insensé que de raccrocher au nez des pompiers au beau milieu d’un incendie. Je suis finalement assez d’accord avec Édouard Philippe : « Je crois dans la science, je voudrais qu’elle ait plus de place dans le débat public, que nos décisions soient davantage éclairées par elle ».


[i] Je recommande vivement la lecture de l’article du politiste Luc Semal paru le 6 février dans Le Monde : « Agiter l’épouvantail de la décroissance comme l’a fait Gabriel Attal, contribue à un ‘climato-dénialisme’ insidieux ».

[ii] Voici le nombre de fois que le mot « croissance » est mentionné dans les déclarations de politique générale : Manuel Valls (8 fois), Bernard Cazeneuve (4 fois), Jean Castex (4 fois), Édouard Philippe (4 fois pour sa première déclaration en 2017 et 2 fois dans celle de 2019), Elisabeth Borne (3 fois), et Gabriel Attal (8 fois dans son discours à l’Assemblée nationale et 0 fois dans son discours au Sénat). 

[iii] « Sans une croissance plus forte, nous ne ferons rien. Et la croissance ne se décrète pas. Elle se stimule, avec pragmatisme et volontarisme » (discours de Manuel Valls à l’Assemblée nationale, 2014). 

[iv] Voir Chapitre 2 : L’impossible découplage. Les limites écologiques de la croissance dans Ralentir ou périr. L’économie de la décroissance (septembre 2022) ainsi que ma récente réponse à Hannah Ritchie : How I Learned to Stop Worrying and Love Economic Growth (janvier 2024). 

[v] Gabriel Attal s’enflamme : « depuis 2017, nous avons été la majorité la plus écologique de l’Histoire de la Vème république ». Rappelons que, suite au procès de l’Affaire du Siècle, le Conseil d’État a condamné l’État français en juillet 2021 pour inaction climatique, lui ordonnant de prendre « toutes mesures utiles » pour atteindre les objectifs climatiques inscrits dans la loi, et cela avant le 31 mars 2022. En mai 2023, le Conseil d’État interpelle à nouveau le gouvernement : les mesures nécessaires n’ont toujours pas été prises. Il le contraint à présenter un plan climatique précis avant juin 2024. 

Rappelons aussi que la cible de réduction des -55% est loin d’être « radicale », contrairement à ce pense le nouveau Premier ministre. En effet, (1) cet objectif ne prend pas en compte les émissions importées (56 % des émissions françaises), (2) il est inférieur aux recommandations des scientifiques qui demandent des réductions oscillant entre – 60 % – 70% , (3) il ne prend pas en compte la responsabilité historique des pays riches (l’Union Européenne est à elle-seule responsable de 25 % des émissions cumulées depuis la révolution industrielle), et (4) il ignore la notion d’équité qui demanderait des efforts beaucoup plus importants aux pays les plus riches pour permettre de libérer une partie du budget carbone mondial pour le développement des pays du Sud. 

Pour la biodiversité, selon le rapport La biodiversité française en déclin, les principales pressions sur le monde du vivant n’ont pas été réduites significativement en France, et se sont, pour certaines, intensifiées pendant la dernière décennie. Les populations d’insectes, par exemple, ont diminué de 70 à 80 % en Europe, en partie à cause de l’usage des pesticides qui a augmenté de +25 % entre 2010 et 2018 pour ensuite se stabiliser en 2021 au même niveau qu’en 2011. Face à cette situation, Gabriel Attal propose de mettre en pause le plan Ecophyto qui visait une réduction de 50 % de l’usage des pesticides d’ici 2030.

L’une des causes principales des pertes de biodiversité est l’artificialisation des sols qui, selon le Ministère de la transition écologique, augmente de 1,5 % par an en France métropolitaine depuis 1982. C’est dans ce contexte que Gabriel Attal félicite l’Assemblée nationale d’avoir « assoupli » la stratégie de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) pour que « la lutte nécessaire contre le dérèglement climatique ne soit pas un frein au développement des territoires ». 

[vi] Des concepts vides de sens comme l’écologie punitivel’écologie de la brutalitéou l’écologie de la privation sont opposés à d’autres concepts tout aussi superficiels (et jamais définis) comme l’écologie populairel’écologie des solutions, ou l’écologie à la française. À ce niveau de rhétorique, c’est plus proche du slam que de la politique.

[vii] C’est le résultat d’une étude de 2022 publiée dans le Journal of Cleaner Production. Ses auteurs ont interrogé les employés (1 593 personnes) de la principale agence environnementale allemande (Umweltbundesamt), parvenant à montrer que moins de 2 % d’entre eux croyaient en la croissance verte, et cela en alternative avec la décroissance (53 % des personnes interrogées) ou l’a-croissance (45 % des réponses). Même résultat pour une étude de 2023 publiée dans Nature sustainability qui a examiné un panel international de 789 chercheurs en politiques climatiques. Conclusion : seulement 27 % des répondants s’identifient au concept de croissance verte, alors que c’est 45 % pour l’a-croissance et 28 % pour la décroissance. Le soutient pour la croissance verte est particulièrement faible chez les chercheurs européens (14 %) et dans les pays de l’OCDE (16 %).

[viii] Voir aussi la réponse d’Elisabeth Borne à l’université d’été du Medef en 2023 après qu’un journaliste lui demande si la transition écologique allait se faire sans décroissance : « Alors moi, vous savez, je pense que tous ceux qui prônent la décroissance devraient dire que la décroissance, c’est remettre en cause notre modèle social. [Applaudissements]. Et je ne sais pas s’il existe une Française ou un français qui accepterait que l’on remette en cause ce bien très précieux qu’est notre modèle social. Donc sans décroissance je confirme » (10min23-12m31).

[ix] « Pourquoi ? Parce que tout ce qu’on vient de se dire-là qui est très important n’existe pas avec la décroissance. Parce qu’on produit pour financer un modèle social et un État providence. Et donc, tous ceux qui disent qu’il y a une urgence climatique, et donc qu’il faut arrêter tout ce qui pollue, arrêter tout ce qui notre ancien modèle du jour au lendemain face au climat. Je leur dis, très bien, quel est votre schéma social ? Qui vous finance le grand âge ? Qui vous finance la maladie ? Qui vous finance l’éducation ? Personne. Parce qu’il faut produire. » Discours d’Emmanuel Macron lors de sa visite à Pau le 18 mars 2022.  

[x] Pour un traitement plus complet de cette question, voir pp. 253-255 dans Ralentir ou périr, pp. 430-439 dans The political economy of degrowth, et ma Réponse à David Cayla : Décroire pour décroître

[xi] La seule situation qui justifierait la croissance de l’activité totale, c’est si nous n’avions en France pas assez de biens et services pour satisfaire les besoins de toute la population. C’est loin d’être le cas. L’économiste Pierre Concialdi calcule le revenu national minimum qui permettrait à toute la population française de vivre décemment. En 2021, ce revenu minimum nécessaire correspondait à 56 % du revenu national (pp. 120-122 dans Ralentir ou périr).

[xii] Gabriel Attal veut « faire preuve d’une responsabilité budgétaire irréprochable » et vise un retour sous les 3 % de déficit public d’ici 2027, et cela car « la dette publique est une épée de Damoclès au-dessus de notre modèle social, au-dessus de la capacité à agir des jeunes générations ». Le Premier ministre veut « repasser sous les 3 % de déficit public d’ici 2027 avec plus de croissance, plus d’activité à la maîtrise de nos dépenses ». Pour gagner du temps, j’invoque ici Nicolas Dufrêne qui dans l’excellent La dette au XXIème siècle : Comment s’en libérer (2023) tord le cou à cette idée fausse comme quoi la dette publique serait une menace au bien commun et un poids pour les générations futures.